Une arrivée sur le marché de l’autonomie, au-delà du robotaxi
Alors que les véhicules autonomes gagnent surtout en visibilité à travers les robotaxis, l’entreprise américaine d’IA et de robocars Tensor dit entrer dans la course avec une approche différente : une voiture autonome que l’on peut posséder. La société affirme avoir dévoilé un véhicule capable d’atteindre le niveau 4 (L4) d’autonomie, tout en conservant la possibilité d’être conduit de manière classique.
D’après Tensor, le véhicule a été conçu dès l’origine pour l’autonomie L4, et non adapté après coup. L’objectif affiché est celui d’une « robocar personnelle », pensée pour un usage privé, « dans votre garage », plutôt que pour un service de transport à la demande.
Capteurs, IA embarquée et communication avec les piétons
Interrogée sur les capacités du véhicule, Amy Luca, directrice marketing de Tensor Auto, décrit une plateforme qui combine un agent d’IA et une suite de capteurs. Elle cite 37 caméras, un radar, du LiDAR, un détecteur de fumée et « plus de 100 capteurs », afin d’éviter les angles morts et de permettre une conduite autonome.
Toujours selon elle, Tensor s’appuie sur un grand modèle de langage (LLM) développé en interne, présenté comme un assistant personnel. L’exemple avancé : un message rappelant un rendez-vous à venir, avec une suggestion d’heure de départ en fonction des conditions de circulation. Autre cas évoqué : un rappel lié à la sortie d’école des enfants, avec la possibilité de demander au véhicule d’effectuer seul le trajet.
La responsable mentionne aussi une fonction de communication avec les piétons : la voiture utiliserait des symboles pour indiquer s’il est sûr de traverser devant elle et pour signaler qu’elle a « vu » la personne.
Un design conçu pour la visibilité des capteurs et un choix assumé du LiDAR
Tensor explique avoir dessiné la voiture pour maximiser la visibilité des capteurs. Les caméras seraient positionnées afin d’optimiser la couverture, de limiter les obstructions et de se synchroniser avec les schémas de balayage du LiDAR. Amy Luca insiste sur l’idée qu’un véhicule peut conserver des angles morts si l’on ajoute ces technologies sur une carrosserie qui n’a pas été pensée, « depuis les premiers principes », pour le radar et la visibilité.
Dans cette logique, elle défend l’usage combiné du LiDAR, du radar et des caméras, en rappelant la controverse dans l’industrie autour d’approches reposant principalement sur la caméra. Elle évoque des situations de mauvaise visibilité, comme une tempête de neige ou un brouillard épais, où les caméras seraient limitées, alors que le LiDAR le serait moins. Elle mentionne également un capteur de niveau d’eau, destiné à détecter l’eau et à éviter les zones où la hauteur d’eau est importante.
Conduite manuelle et volant escamotable, avec un enjeu de sécurité
Tensor affirme que le véhicule peut aussi être conduit manuellement, si l’utilisateur le souhaite. Pour cela, l’entreprise dit avoir travaillé avec Autoliv, une société suédoise, afin de créer un volant escamotable. En mode L4, présenté comme totalement autonome, il n’y aurait « ni volant, ni pédales » : le véhicule prendrait alors le contrôle.
Amy Luca souligne la complexité de l’ingénierie liée à la sécurité, notamment parce que l’airbag est habituellement intégré au volant. Elle explique que le travail mené avec Autoliv a consisté à trouver une solution pour repositionner les airbags, tout en maintenant la sécurité du véhicule.
Confidentialité : « aucune donnée personnelle ne sort de la voiture », selon Tensor
La dirigeante met en avant un point qu’elle présente comme distinctif entre véhicule personnel et robotaxi : la confidentialité. Tensor dit défendre le principe selon lequel l’utilisateur doit pouvoir posséder ses données personnelles. Amy Luca affirme que, contrairement à d’autres véhicules de niveau 4 qui partageraient des données biométriques, vidéo ou photo des occupants, aucune donnée personnelle ne quitterait le véhicule.
Elle décrit un dispositif reposant sur un port de données dédié, distinct du port de charge. Les données resteraient contenues dans la voiture, et le propriétaire pourrait les extraire. En cas d’accident, y compris lorsque le véhicule n’est pas en L4, la voiture enregistrerait les éléments, et le propriétaire déciderait s’il souhaite partager ces données.
Partenariat avec Lyft et débat sur la compréhension du niveau d’autonomie
Sur la feuille de route, Amy Luca estime que l’industrie autonome va voir davantage de véhicules apparaître. Elle juge toutefois que le principal frein tient moins à la maturité technologique qu’à la connaissance et à l’appropriation du sujet par les municipalités et les gouvernements. Elle cite des « faux départs » et mentionne le cas de Tesla FSD, présenté comme n’étant pas du niveau 4, tout en pouvant être perçu comme tel par certains.
Tensor indique par ailleurs un partenariat avec Lyft : la plateforme aurait commandé jusqu’à 2 000 véhicules. La responsable précise que ces véhicules seraient « Lyft-enabled », avec l’idée qu’un propriétaire puisse, par exemple, mettre sa voiture sur le réseau Lyft pendant une période d’absence.
Usages : travail à bord, stationnement et mobilité
Tensor met en avant un changement d’usage, avec l’idée de « rendre du temps ». Amy Luca évoque la possibilité de travailler depuis la voiture, de passer des appels et de tenir des réunions pendant le trajet. Elle mentionne aussi un cas d’usage lié au stationnement : dans les grandes villes où trouver une place est difficile, l’utilisateur pourrait demander au véhicule de s’en charger.
La responsable insiste enfin sur la flexibilité : pouvoir choisir de conduire ou d’être conduit, selon les moments. Elle précise que le véhicule est électrique et le décrit comme agréable à conduire, tout en rappelant que l’idée de basculer du robotaxi vers le véhicule personnel remonte, selon elle, à une décision du fondateur prise plusieurs années auparavant.






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