Un ancien pilote et commissaire rouvre le débat
Danny Sullivan, ancien pilote passé par la Formule 1 en 1983 avec Tyrrell, puis vainqueur des 500 Miles d’Indianapolis en 1985 et champion CART trois ans plus tard, revient sur l’un des épisodes les plus controversés de l’ère récente : le Grand Prix d’Abu Dhabi 2021.
Ancien représentant des pilotes au sein du collège des commissaires sur plusieurs Grands Prix entre 2010 et 2018, l’Américain précise qu’il ne faisait pas partie de l’équipe de commissaires lors de cette finale 2021. Pour autant, il estime que la gestion de la voiture de sécurité par Michael Masi, alors directeur de course, a pesé de façon décisive sur l’issue du championnat.
La procédure des retardataires et la fin anticipée de la voiture de sécurité
Selon Sullivan, le choix de n’autoriser à se dédoubler que certaines voitures retardataires, celles situées entre Lewis Hamilton et Max Verstappen, a été « entièrement mauvaise ». Il pointe aussi le fait d’avoir mis fin à la période de voiture de sécurité plus tôt que ce que la situation, selon lui, imposait.
Dans ses propos, il affirme que les commissaires n’avaient pas la main sur ces décisions, expliquant que « les commissaires n’ont jamais eu à se prononcer sur tout ça ». Il ajoute que des personnes faisaient pression pour éviter une arrivée sous drapeau jaune, car cela « ne faisait pas bien ».
Sullivan rappelle qu’« au regard des règles », l’instruction aurait dû s’appliquer à l’ensemble des retardataires. Mais, d’après lui, une telle procédure aurait empêché de relancer la course avant l’arrivée. Le classement se serait alors fait sous voiture de sécurité, les autres retardataires se trouvant plus loin dans le peloton.
Un enchaînement qui a placé Verstappen dans une position idéale
Danny Sullivan décrit une séquence où le fait de laisser passer cinq voitures a replacé Verstappen juste derrière Hamilton. Il souligne que Verstappen s’était arrêté pour chausser des pneus neufs, tandis que Hamilton ne l’avait pas fait.
Il insiste sur l’écart de situation pneumatique au moment de la relance : des pneus « de qualification » pour Verstappen, contre des pneus très usés pour Hamilton. Dans ces conditions, il estime qu’il n’y avait « aucune chance » que Verstappen ne dépasse pas Hamilton à ce moment-là.
Dans cette lecture, Sullivan conclut que Michael Masi a « offert le championnat du monde » à Verstappen avec cette décision, tout en reconnaissant que ce point de vue restera matière à débat.
Une critique de la décision, mais une contextualisation de la pression
Sullivan nuance toutefois son jugement en rappelant le contexte d’une saison longue et éprouvante, rythmée par les déplacements et la pression constante exercée par les équipes. Il décrit une fin de saison sous tension, avec des décisions à prendre dans les toutes dernières minutes.
Il précise également qu’il ne remet pas en cause Verstappen en tant que pilote dans cette séquence, affirmant que le Néerlandais « n’a rien fait ». Il ajoute que, selon la sensibilité des supporters, certains peuvent considérer que « c’était l’appel » du directeur de course, même s’il répète que, pour lui, ce n’était « pas un bon appel ».
Pas de biais des commissaires selon Sullivan
Au-delà d’Abu Dhabi 2021, Danny Sullivan dit vouloir dissiper l’idée d’un biais durable des commissaires. Il rappelle qu’un commissaire pilote siège avec trois autres commissaires, et que les décisions sont collégiales.
Il indique avoir déjà été désavoué par le reste du panel malgré sa propre conviction, et insiste sur la quantité de données disponibles pour trancher : caméras embarquées, traces d’accélérateur, pression de freinage, angle de direction, ainsi que des entretiens possibles avec les pilotes après les faits.
Sur l’ensemble de ses années dans ce rôle, il affirme n’avoir jamais ressenti de favoritisme. Il décrit un processus qu’il juge « assez simple » et fondé sur des informations qu’il qualifie d’« sans équivoque ».






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