L’histoire de Phillip Island s’apprête à changer de cap avec le départ du MotoGP après l’édition 2026 du Grand Prix d’Australie, nouvelle rupture pour un circuit plusieurs fois sauvé de la disparition.
Au sud de Melbourne, l’île venteuse abrite un tracé dont la réputation dépasse largement l’Australie. Derrière les courses disputées face aux éléments, son parcours est jalonné de fermetures, de reconstructions et de paris financiers. L’automobile a lancé l’aventure, avant que la moto ne devienne le moteur de sa renaissance.
L’histoire de Phillip Island commence sur les routes
Avant le circuit permanent, les compétitions empruntent les routes locales. Dans l’État de Victoria, l’interdiction des courses automobiles sur la voie publique complique leur organisation. Des épreuves motocyclistes illégales se déroulent pourtant sur différents tronçons ouverts.
La situation évolue en 1927, lorsque les municipalités de Phillip Island et de Woolamai votent leur séparation administrative du continent en matière de gouvernement local. Ce changement modifie le cadre juridique des compétitions dans les rues. La Victorian Motor Cycle Union et le Light Car Club of Victoria sollicitent alors l’autorisation du conseil local.
Dès 1928, des routes sont fermées à la circulation pour accueillir les voitures. La première épreuve organisée sur ce parcours entre dans l’histoire comme le premier Grand Prix d’Australie. Phillip Island devient ainsi un lieu fondateur du sport automobile national, bien avant l’arrivée du championnat du monde moto.

Les premières courses motocyclistes suivent en 1931. Les deux disciplines partagent désormais cette implantation insulaire, encore loin du circuit permanent qui fera sa renommée.

Cette première période s’achève avec la fermeture du circuit routier en 1940. Pour retrouver la compétition, Phillip Island devra changer de modèle et construire un site entièrement dédié à la course.

Un circuit permanent inauguré en 1956, puis fermé
L’impulsion vient de six hommes d’affaires locaux en 1951. Un an plus tard, le Phillip Island Auto Racing Club, ou PIARC, voit le jour avec l’ambition de bâtir le premier circuit international de Grand Prix d’Australie.
Le club achète le terrain et lance un appel à 7 000 souscriptions pour financer les travaux. Il faut surmonter quatre années de difficultés techniques et financières avant l’inauguration, le 15 décembre 1956. La réunion d’ouverture rassemble voitures et motos, et Jack Brabham, futur triple champion du monde de F1, remporte l’épreuve principale.
Le nouveau circuit attire rapidement des compétitions importantes. À partir de 1960, il accueille notamment l’Armstrong 500, une course d’endurance réservée aux voitures de série. Cette épreuve va pourtant mettre à mal son équilibre financier.
L’édition 1962 détériore fortement la piste. Déjà à court de moyens, le PIARC ne peut pas payer les réparations nécessaires. Le succès sportif ne suffit pas à assurer l’avenir des installations.

Le circuit ferme et l’Armstrong 500 part à Bathurst. Phillip Island perd à la fois son activité et une épreuve appelée à devenir une référence du sport automobile australien.
La moto relance un site retombé dans l’abandon
L’homme d’affaires et pilote Len Lukey rachète le circuit en 1963. La réouverture intervient en avril 1966, avec une activité dominée par les voitures de tourisme et les sport-prototypes.
Ce redémarrage ne règle pas durablement la question de l’entretien. À la fin des années 1970, la piste se dégrade de nouveau et les compétitions se raréfient, au point que les propriétaires utilisent le site comme terrain agricole.

Un consortium local reprend Phillip Island en 1985 pour y relancer la course. Trois ans plus tard, l’ingénieur et promoteur Bob Barnard obtient une manche du championnat du monde de vitesse moto. Cette perspective s’accompagne d’une rénovation complète du tracé et des installations.
Le 9 avril 1989, Phillip Island accueille sa première course mondiale en 500 cm³ devant plus de 90 000 spectateurs. Wayne Gardner s’impose à domicile. Après plusieurs décennies d’instabilité, la moto donne au circuit une nouvelle dimension internationale.

Des héros australiens aux grandes batailles du MotoGP
Gardner gagne encore en 1990, mais cette renaissance connaît rapidement un nouveau coup d’arrêt. En 1991, le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud attire le Grand Prix moto à Eastern Creek. Phillip Island perd sa manche mondiale après seulement deux éditions.
Présent depuis 1990, le Superbike mondial maintient toutefois une activité internationale sur l’île. Son rôle est essentiel durant cette période : malgré le départ des Grands Prix, le circuit reste une destination du sport moto.
Le championnat du monde de vitesse revient en 1997. Phillip Island entame alors une longue période durant laquelle sa réputation se consolide. Mick Doohan s’y distingue notamment en 1998 devant 75 000 personnes. Casey Stoner marque à son tour le tracé, au point de donner son nom au virage n°3 en 2012.
Les pilotes australiens ne sont pas les seuls à façonner cette histoire. La pénalité de dix secondes infligée à Valentino Rossi en 2003 compte parmi les épisodes marquants du circuit, tout comme les affrontements serrés qui nourrissent sa réputation.
En parallèle, la structure change de dimension. Le Linfox Property Group reprend le site en 2004 et engage d’importants investissements. En 2016, Phillip Island obtient des contrats de dix ans pour le MotoGP et le Superbike, offrant une visibilité à long terme aux deux compétitions.
La piste continue d’offrir des courses particulièrement disputées. En 2022, Alex Rins gagne au guidon de sa Suzuki au terme d’une épreuve dont les sept premiers terminent regroupés en 0,884 seconde. Cet écart témoigne de l’intensité de la lutte jusqu’à l’arrivée.

L’édition 2015 avait déjà offert un autre exemple de ces affrontements. Marc Márquez, Jorge Lorenzo, Andrea Iannone et Valentino Rossi se disputent la victoire dans une course comptant 13 changements de leader et 52 dépassements entre les quatre premiers. Márquez prend finalement l’avantage sur Lorenzo dans le dernier tour.
Après le MotoGP, une nouvelle place à trouver
Le Grand Prix d’Australie d’octobre 2026 doit clore ce chapitre. Le contrat arrive à expiration et le gouvernement de l’État de Victoria n’a pas souhaité le renouveler aux conditions exigées par le promoteur.
Dès 2027, le MotoGP doit rejoindre Adélaïde. L’accord conclu entre MotoGP Sports Entertainment Group, le gouvernement d’Australie-Méridionale et la ville couvre six ans, jusqu’en 2032. La première édition est programmée du 12 au 14 novembre 2027, comme avant-dernière manche du championnat.
Le projet prévoit un circuit urbain de 4,195 kilomètres et 18 virages, reprenant le tracé historique utilisé par la F1 de 1985 à 1995. Des pointes à plus de 340 km/h sont attendues. Ce déplacement s’inscrit dans la stratégie de Liberty Media, nouveau propriétaire du MotoGP, qui vise à rapprocher les courses des centres-villes.
À Phillip Island, les difficultés d’accès, l’offre hôtelière limitée et la météo ont pesé dans la décision. Wayne Gardner et Casey Stoner ont publiquement regretté la perte de ce rendez-vous. Le départ touche aussi les souvenirs français, avec les victoires d’Olivier Jacque en 2000, de Mike Di Meglio en 2008 et de Johann Zarco en 2023.

Le site ne quitte pourtant pas la compétition. Les Supercars reviendront en 2027, avec un contrat de cinq ans courant jusqu’en 2031. Phillip Island doit accueillir une manche des « Finals », décisive dans la lutte pour le titre. Le World Superbike y disputera pour sa part sa dernière manche en février 2027 avant de rejoindre The Bend Motorsport Park.
Il ne s’agit donc pas d’une fermeture, mais d’une nouvelle recomposition du calendrier. Après avoir survécu aux dégradations de sa piste et aux départs de grandes épreuves, Phillip Island devra poursuivre sans les deux championnats mondiaux moto qui ont porté sa renaissance.






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