À l’approche du dernier GP de MotoGP à Phillip Island en 2026, Casey Stoner estime que les aides techniques privent les pilotes d’une partie des sensations qui faisaient la singularité du circuit australien.
Six victoires pour comprendre une piste à part
La critique vient d’un pilote qui a marqué les lieux. Casey Stoner a remporté six victoires consécutives à Phillip Island, entre 2007 et 2012. Sur ce tracé, les longues courbes rapides et le vent imposaient de composer avec une moto dont les mouvements faisaient partie du pilotage.
Interrogé par Chris Vermeulen sur ce qui manque aux pilotes actuels, le double champion du monde ne parle pas de résultats, mais d’une expérience : « J’ai toujours l’impression qu’au niveau où ils en sont actuellement, ils n’ont pas vraiment eu l’occasion de vivre ce que c’est que de piloter une grosse moto à Phillip Island. »
Ce n’est pas leur connaissance du circuit qu’il remet en cause. Son propos porte sur leur relation avec la machine et sur la façon dont les progrès techniques l’ont transformée.
Ce que les aides changent en MotoGP à Phillip Island
Stoner cible d’abord l’aérodynamique. « Pouvoir faire glisser cet engin, le contrôler, gérer le vent et tout ça… Ils ont un aérodynamisme qui le plaque au sol. » Il poursuit : « Ils ont toute cette électronique et tout le reste qui les empêche de vraiment apprécier Phillip Island pour ce qu’elle est. »
Le sujet ne se limite pas à la vitesse. Le contrôle de traction et la gestion électronique du moteur modifient la façon dont la puissance passe au sol. L’aérodynamique et les dispositifs de correction d’assiette interviennent aussi dans le comportement de la moto.
Ces systèmes ne font pas disparaître le travail du pilote, mais en déplacent une partie. Lorsque certains mouvements sont limités ou deviennent plus prévisibles, la recherche de performance repose moins sur leur acceptation et davantage sur l’exploitation des possibilités de la machine.
C’est cette évolution que regrette l’Australien : non pas des motos moins rapides, mais des sensations différentes sur une piste qu’il associait au contrôle de la glisse et à la gestion du vent.
Un courage différent, pas un talent moindre
Comparer les générations devient trompeur si tout se résume à une question de bravoure. Les MotoGP actuelles restent très rapides, et leurs pilotes subissent des contraintes physiques considérables tout en prenant des risques bien réels.
Sur les machines connues par Stoner, il fallait davantage accepter que l’arrière glisse et continuer à accélérer malgré les mouvements. Les rafales ajoutaient une difficulté dans les grandes courbes. Trouver la confiance pour recommencer au tour suivant faisait partie du défi.
Aujourd’hui, d’autres exigences occupent une place importante : les freinages extrêmes, la gestion des pneus ou la précision des trajectoires. L’exploitation de l’aérodynamique fait également partie du travail. Une moto plus stable ne rend donc pas automatiquement le pilotage facile.
Marc Marquez, Jorge Martin ou Pedro Acosta ne peuvent pas être déclarés moins courageux sur cette seule comparaison. Le danger demeure, comme le rappellent les chutes. Ce qui a changé, c’est la manière de le maîtriser et les compétences mobilisées pour aller vite.

Stoner critiquait déjà l’électronique à son époque
L’ancien champion ne décrit pas sa carrière comme une époque sans assistance. Il le précise lui-même : « À notre époque, il y avait encore un peu trop d’électronique à mon goût. »
La frontière n’est donc pas aussi nette qu’une opposition entre des motos anciennes entièrement laissées au pilote et des machines modernes pilotées par leurs systèmes. Stoner contestait déjà cette évolution lorsqu’il courait. Son jugement actuel prolonge cette réserve.
Il ne reproche pas non plus aux pilotes de manquer de talent. Son regret concerne ce qu’ils peuvent éprouver au guidon : « J’aimerais tellement que ces gars-là puissent profiter pleinement de l’endroit et en tirer le meilleur parti. »
Ce sont donc surtout les machines qu’il vise, avec l’idée que les aides ont atténué une partie des particularités qui rendaient Phillip Island si exigeant.
Le départ de Phillip Island renforce la portée de sa critique
Le calendrier donne un relief supplémentaire à ces propos. Phillip Island accueillera son dernier Grand Prix MotoGP en 2026, avant le transfert annoncé vers un circuit urbain à Adélaïde en 2027.
Stoner reconnaît les difficultés pratiques du site australien. Il regrette néanmoins la disparition d’un rendez-vous dont la personnalité tient au tracé lui-même, plutôt qu’aux exigences modernes du spectacle.
L’Australien évoque aussi le Mugello et se réjouit du retour de Brno. À ses yeux, le relief, les courbes et les particularités naturelles de ces circuits restent déterminants. Sa critique des motos rejoint ainsi son attachement à des pistes qui imposent leurs propres contraintes.
Le départ de Phillip Island et l’évolution technique du MotoGP sont deux sujets distincts. Ils se rejoignent toutefois dans son propos : préserver ce qui rend un circuit singulier, mais aussi permettre aux pilotes d’en ressentir pleinement les difficultés.
La stabilité et la maîtrise apportées par les machines modernes ne constituent pas nécessairement une régression : elles transforment le pilotage. Stoner défend une part précise de son expérience à Phillip Island, celle où accepter que la moto bouge était une condition pour aller plus vite.







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