L’Italie resserre l’étau autour de Pirelli. En ligne de mire, la place de Sinochem dans la gouvernance du manufacturier, sur fond de pression croissante autour des technologies liées à la Chine. Pour Rome, l’enjeu est limpide : protéger l’accès du groupe au marché américain, qui représente plus de 20 % de son chiffre d’affaires.
Un verrou sur le conseil d’administration
Le conseil des ministres a validé un dispositif qui limite à trois le nombre de candidats que le véhicule d’investissement de Sinochem pourra proposer au conseil de Pirelli. Ces administrateurs ne pourront ni accéder à la présidence, ni occuper le poste de directeur général. Et parmi ces trois noms, au moins deux des trois devront être indépendants de Sinochem.
Ce cadre s’appliquera tant que le groupe chinois conservera plus de 9,99 % du capital. À ce jour, Sinochem détient huit sièges sur quinze au conseil d’administration de Pirelli. Cette décision arrive après l’échec des discussions entre actionnaires sur la gouvernance, un sujet devenu encore plus sensible avec le durcissement des règles américaines sur les technologies en lien avec la Chine.
Le dossier Cyber Tyre au cœur des tensions
L’exécutif italien n’en est pas à sa première intervention. Dès juin 2023, Rome était déjà intervenu au nom de la protection des technologies stratégiques et des données liées au système Cyber Tyre. Cette solution combine des capteurs intégrés dans les pneus et un logiciel propriétaire. Le système transmet en temps réel des informations sur l’état du pneu et sur la surface de la route, au service des fonctions de sécurité et d’efficacité des véhicules connectés.
Sous l’administration de Giorgia Meloni, ce dossier s’inscrit dans un jeu d’équilibre plus large entre Washington et Pékin. Pour Pirelli, la priorité est très concrète : préserver sa présence aux États-Unis sans voir les tensions de gouvernance déborder sur l’activité industrielle.
Des résultats solides malgré le bras de fer
Le manufacturier assure que ce conflit autour de la gouvernance n’a pas affecté ses performances opérationnelles. En février, Pirelli a indiqué avoir atteint ses objectifs financiers pour 2025, tout en présentant une proposition de dividende et un budget 2026 visant des revenus et des marges stables.
Les comptes traduisent cette résistance. Le bénéfice net annuel a progressé de 5,9 %, à 530,7 millions d’euros, contre 501,1 millions en 2024. Le chiffre d’affaires a atteint 6,77 milliards d’euros, dans le haut de la fourchette visée, avec une croissance organique de 4,2 %. Le bénéfice d’exploitation ajusté a gagné 2,0 % à 1,08 milliard d’euros, portant la marge opérationnelle ajustée à 16 %, contre 15,7 % un an plus tôt.
Sur le seul quatrième trimestre, le chiffre d’affaires s’est établi à 1,58 milliard d’euros. Le bénéfice d’exploitation ajusté a atteint 245,9 millions d’euros, contre 244,6 millions un an plus tôt. La marge est montée à 15,6 %, contre 15,4 %, tandis que le bénéfice net trimestriel s’est élevé à 130,1 millions d’euros.
Le signal envoyé par Rome est clair : Pirelli peut poursuivre sa trajectoire industrielle, mais l’influence de Sinochem sur ses décisions ne s’exercera plus comme auparavant.
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