Enea Bastianini a encore montré sa capacité à préserver ses pneus à Motegi, une qualité que Marco Melandri relie au dosage des gaz et qui pourrait servir Aprilia en 2027.
Le Grand Prix du Japon a illustré l’une des forces de l’Italien : conserver assez d’efficacité pour attaquer dans les derniers tours. Carlo Pernat décrit cette sensibilité avec une formule imagée, celle d’un pilote qui « murmure aux pneus ». Melandri en donne une explication plus concrète, liée au moment choisi pour remettre les gaz.
Enea Bastianini menace le podium à Motegi
Les pneumatiques ont tenu une place importante dans le week-end japonais. En fin de Grand Prix, Bastianini figurait parmi les pilotes les plus rapides en piste et menaçait de plus en plus Marco Bezzecchi, alors troisième.
Pour Pernat, quelques virages supplémentaires auraient pu rendre la défense de cette position particulièrement difficile. Il situe la force de Bastianini dans les cinq ou six derniers tours : l’Italien parvient encore à exploiter ses pneus pour accélérer et signer des chronos que ses adversaires ne peuvent plus égaler.
Bezzecchi avait lui aussi identifié le danger, qualifiant son poursuivant de « bête de course ». Cette fin de GP montre pourquoi Bastianini est difficile à contenir : alors que l’adhérence devient plus délicate à exploiter, il garde les moyens de hausser le rythme.
Un demi-mètre pour limiter le patinage
Melandri explique cette efficacité par un geste minuscule à l’échelle d’un circuit. « Parfois, lorsque les pneus sont usés, garder son sang-froid et attendre un demi-mètre avant d’accélérer fait toute la différence. »
Un demi-mètre peut sembler bien peu. Pourtant, retarder légèrement la remise des gaz peut réduire le patinage de la roue arrière. Le pneu transforme alors moins d’énergie en chaleur, ce qui aide à préserver son efficacité après avoir subi l’essentiel de la course.
« Cela permet de réduire légèrement le patinage des roues, d’éviter la surchauffe de quelques degrés, et cela fait une énorme différence sur la durée », explique Melandri.
Il ne s’agit donc pas simplement d’accélérer le plus tôt possible, mais de demander au pneu ce qu’il peut encore transmettre à la piste. Une remise des gaz légèrement différée peut sembler coûteuse sur l’instant. Elle devient toutefois bénéfique lorsque les tours s’accumulent et que le patinage compromet les accélérations suivantes.
Le sang-froid face à l’envie d’attaquer
Cette gestion suppose aussi de résister à la tentation d’ouvrir les gaz au plus tôt lorsqu’un adversaire reste quelques mètres devant. Céder un peu de terrain à la sortie d’un virage paraît contraire à l’objectif d’une remontée.
Bastianini sait pourtant éviter de chercher le gain immédiat à tout prix. Le bénéfice se mesure plus tard : sa moto peut encore accélérer efficacement, tandis que les autres doivent composer avec la température, le glissement ou la dégradation de leurs pneus.
Finesse du dosage et sang-froid se rejoignent ainsi dans les derniers tours. Pour Marco Melandri, le potentiel affiché au Japon était même celui d’un vainqueur : « Bastianini était le pilote à battre en fin de course; il avait tout pour gagner s’il était parti plus haut sur la grille. »

Le temps perdu avant la remontée reste le problème
Ce constat souligne aussi la limite de Bastianini à Motegi. Un excellent rythme en fin de course ne suffit pas lorsqu’il faut d’abord reprendre plusieurs secondes. La gestion des pneus sert alors à rattraper le temps perdu plutôt qu’à contrôler la course.
Les qualifications et le début du Grand Prix restent donc déterminants. Au Japon, Bastianini avait la vitesse et la capacité à ménager ses pneumatiques. Mais le retard accumulé avait transformé le potentiel de victoire évoqué par Melandri en poursuite du podium.
Pour viser plus régulièrement la victoire, il doit pouvoir exploiter cette force depuis une position plus favorable. Préserver les pneus ne remplace pas le temps gagné en partant plus haut sur la grille.
Aprilia en 2027, une qualité à transposer
Pernat voit dans cette sensibilité un atout pour Aprilia, que Bastianini rejoindra en 2027. Son pronostic va même plus loin : « Bastianini sera un atout supplémentaire pour Aprilia l’année prochaine. Et je pense qu’il pourrait même faire mieux que Bagnaia. »
Cette comparaison reste son appréciation. Le passage aux 850 cc et à Pirelli modifiera profondément les bases techniques du MotoGP en 2027. L’efficacité actuelle de Bastianini avec les Michelin ne garantit donc pas un résultat identique avec les nouveaux pneus.
Sa capacité à sentir le glissement et à adapter l’accélération demeure néanmoins utile. C’est cette lecture de l’adhérence que Melandri associe au dosage des gaz lorsque le pneu offre moins de grip.
Cet avantage se révèle sur la durée, contrairement à une performance immédiatement visible sur un tour de qualification. Pour Aprilia, l’enjeu sera de permettre à Bastianini de l’exploiter sans devoir d’abord effacer un retard : conserver des pneus efficaces pour jouer la victoire, plutôt que pour seulement revenir sur ses adversaires.








Commentaires 0
Modérés avant publication