La piste Viñales chez Ducati se heurte aux réserves de Michele Pirro, qui défend la stabilité des essais avant le passage aux moteurs de 850 cc.
Sans guidon confirmé pour 2027, Maverick Viñales voit son nom associé au développement des futures Ducati. Tech3 a choisi Luca Marini et Senna Agius. L’Espagnol doit donc chercher une autre voie pour poursuivre sa carrière en MotoGP.
Michele Pirro est dans une tout autre situation : il vient de prolonger son engagement avec Ducati pour deux saisons supplémentaires. Interrogé à Vallelunga, lors de la finale du championnat italien Superbike, l’Italien a expliqué ses réserves. Pour lui, la rapidité d’un pilote ne suffit pas à faire un bon développeur. Son discours défend aussi l’organisation dans laquelle il occupe une place centrale.
La vitesse ne suffit pas pour les essais
Pirro distingue d’abord les qualités sportives de Viñales des exigences d’un programme d’essais. « J’ai beaucoup de respect pour Maverick en tant que pilote, mais les essais sont un travail complètement différent. » Il précise sa conception du métier : « Il faut travailler pour les autres, pas pour soi-même. »
En Grand Prix, un pilote cherche à tirer le meilleur de sa moto pour obtenir un résultat. Aux essais, la priorité peut être tout autre : comparer des solutions techniques, répéter les évaluations et accepter de sacrifier le chronomètre. Le travail profite alors aux pilotes engagés en compétition.
On touche ici au cœur des réserves de Pirro. « Cela demande du dévouement, et peu de pilotes sont prêts à le faire, surtout quelqu’un comme lui qui se sent probablement encore fort et rapide. »
L’Italien donne son appréciation de la situation de Viñales, sans dire que l’Espagnol a refusé cette mission. La distinction compte, car être assez rapide pour rouler en MotoGP ne signifie pas vouloir consacrer son activité au développement d’une machine.
Les 850 cc renforcent le besoin de stabilité
Pirro travaille avec Ducati depuis plus d’une décennie. Au fil des évolutions de la Desmosedici, il a construit une relation étroite avec les ingénieurs. C’est cette continuité qu’il défend : « Nous avons besoin de stabilité et d’éviter de gaspiller de l’énergie. »
Le calendrier donne du poids à cet argument. En 2027, le nouveau règlement technique impose à Ducati de développer une machine profondément différente de l’actuelle. Le passage aux moteurs de 850 cc fait partie de ce chantier. On ne parle donc pas d’une simple évolution : le programme d’essais doit accompagner un changement majeur.
Accueillir un pilote supplémentaire pourrait élargir les points de vue sur les choix techniques. Mais cela signifierait aussi davantage de retours à coordonner. Pirro préfère une méthode de travail déjà installée et des échanges construits dans la durée.
Sa prolongation suit cette logique. L’Italien défend à la fois les repères des ingénieurs et sa propre place dans le programme d’essais. La vitesse de Viñales n’est pas un défaut à ses yeux. Elle ne suffit simplement pas, à elle seule, à répondre aux besoins du développement.

Bulega garde la compétition en ligne de mire
Le nom de Nicolò Bulega apparaît également autour de la future Ducati. Sa situation diffère de celle de Viñales, puisqu’il est déjà associé au projet Desmosedici 850. Il doit aussi poursuivre sa carrière en compétition avec VR46 en 2027.
Pirro reconnaît l’intérêt de cette collaboration, mais souligne que les ambitions sportives du jeune Italien restent prioritaires. Participer au développement ne signifie donc pas forcément abandonner la compétition pour devenir pilote d’essai permanent.
Ducati a ainsi plusieurs possibilités pour recueillir des informations sur sa future machine, sans recruter systématiquement un second spécialiste à plein temps. Davide Tardozzi a déjà démenti toute recherche active dans ce domaine. On ne peut donc pas voir dans la présence de Bulega un signe d’ouverture pour Viñales.
Changer de rôle, pas seulement de constructeur
Pour l’Espagnol, l’enjeu dépasse le nom du constructeur qui pourrait l’accueillir. Accepter un programme d’essais reviendrait à changer de rôle autant que d’équipe. Viñales passerait de concurrent à développeur, avec une exposition médiatique et des perspectives sportives différentes.
Il faudrait alors accepter que son travail se mesure d’abord à ce qu’il apporte aux autres pilotes. C’est précisément le point sur lequel insiste Pirro, davantage que sur les capacités de Viñales au guidon.
L’Italien ne prétend pas connaître la décision que prendra l’Espagnol. « Peut-être que Maverick continuera à courir. » Pour l’heure, Viñales cherche son avenir. Ducati conserve de son côté un pilote d’essai expérimenté et une organisation que celui-ci souhaite préserver.
La porte n’est pas officiellement fermée pour toujours. Mais aucun recrutement ne se dessine, entre la prolongation de Pirro et l’absence de recherche active d’un autre pilote d’essai. On comprend donc le message de l’Italien : développer la prochaine Ducati exige d’abord d’accepter de travailler pour les résultats des autres.








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