La situation de Ducati en MotoGP tient à un paradoxe : Marc Marquez enchaîne les victoires, mais le constructeur aborde Phillip Island avec douze points de retard sur Aprilia et trop peu de relais derrière son leader.
Avec six succès lors des onze dernières courses, l’Espagnol reste au contact de Jorge Martin. Avant le rendez-vous australien, deux points seulement les séparent au championnat pilotes. Pour Borgo Panigale, le titre demeure donc à portée.
La bataille des constructeurs raconte pourtant une autre histoire. Aprilia oppose à la réussite de Marquez une présence plus régulière aux avant-postes. Ducati conserve un pilote capable de gagner, mais peine à retrouver la force collective qui lui permettait de traverser les mauvais jours sans trop perdre de terrain.
Ducati en MotoGP manque de relais derrière Marquez
Les résultats des autres Desmosedici expliquent ce déséquilibre. Fabio Di Giannantonio n’est plus remonté sur le podium depuis sa victoire à Barcelone. Alex Marquez ne compte que deux podiums cette saison. Fermin Aldeguer doit composer avec une blessure, tandis que Franco Morbidelli peine à exploiter sa GP25.
Pecco Bagnaia n’échappe pas au constat : son dernier podium remonte à Brno. Pris isolément, aucun de ces parcours ne suffit à expliquer le retard de Ducati. Ensemble, ils montrent pourquoi la marque dépend autant des performances de Marc Marquez.
En face, Aprilia a placé au moins une moto sur le podium de toutes les courses dominicales sauf trois. Ducati a, de son côté, traversé sept Grands Prix sans podium. Cet écart de régularité donne tout leur poids aux douze points qui séparent les deux constructeurs avant l’Australie.
Le retard reste limité. Mais une nouvelle victoire de son leader ne suffira pas à Ducati pour retrouver durablement l’avantage : la marque doit aussi répondre présent les jours où celui-ci termine plus loin.
Une couronne qui compte aussi pour la marque
Selon El Periódico, les dirigeants de Ducati accordent une importance particulière au championnat des constructeurs. Ce classement récompense directement la marque, là où le titre pilotes met d’abord en lumière le champion. Pour un constructeur de motos de route, cette distinction nourrit aussi le discours commercial autour de la compétition.
Après sa domination de 2025, Ducati avait annoncé 50 895 motos vendues et un chiffre d’affaires de 925 millions d’euros. Ces résultats ne permettent pas d’établir un lien direct entre les titres et les ventes. Ils donnent néanmoins la mesure de l’activité à laquelle l’image sportive du constructeur est associée.
Dans un groupe Volkswagen et Audi soumis à des pressions financières, cette dimension dépasse le seul prestige du trophée. Elle ne fait pas pour autant du championnat un verdict sur l’avenir capitalistique de Ducati. L’enjeu immédiat reste sportif : préserver une couronne face à un adversaire qui dispose de plusieurs pilotes capables de peser sur les résultats.

Le classement ne récompense pas le nombre de motos
La règle du championnat des constructeurs éclaire cette confrontation : seul le pilote le mieux classé de chaque marque rapporte des points à celle-ci à chaque épreuve. Les résultats des six Ducati ne s’additionnent donc pas.
Lorsque Marquez gagne, Borgo Panigale inscrit le maximum. Avoir plusieurs autres Desmosedici bien placées ne gonfle alors pas directement son total. Leur utilité apparaît surtout lorsque l’Espagnol rencontre des difficultés : l’une d’elles doit prendre le relais pour limiter les pertes.
C’est cette protection qui s’est affaiblie. Aprilia peut s’appuyer sur Jorge Martin, Marco Bezzecchi et les pilotes TrackHouse pour maintenir une présence régulière devant, sans que le même homme porte systématiquement son résultat.
La différence ne se résume donc pas au nombre de victoires. Elle tient aussi à la capacité de conserver un bon résultat quand le leader manque son rendez-vous. Sur ce terrain, le collectif Aprilia constitue une menace pour Ducati.
Bagnaia peut encore peser avant son départ
Neuvième du championnat, à 187 points de Marquez, Bagnaia traverse une nouvelle saison difficile. Ses problèmes d’adhérence à l’arrière persistent malgré le passage à la GP26. Davide Tardozzi assure pourtant que les Desmosedici ne sont pas conçues exclusivement autour de Marquez.
Retrouver un Bagnaia capable de jouer devant offrirait à Ducati le relais qui lui manque. Il ne s’agit pas d’additionner ses points à ceux de son équipier, mais de pouvoir compter sur lui lorsque le résultat de Marquez ne suffit pas.
Annoncé chez Aprilia pour 2027, l’Italien se retrouve dans une position singulière : ses dernières courses avec Ducati peuvent encore aider son employeur actuel à battre celui qu’il rejoindra la saison prochaine.
Marquez maintient la bataille ouverte. Pour reprendre l’avantage au championnat des constructeurs, Ducati doit désormais retrouver les moyens de marquer gros sans dépendre de lui seul.






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