Les autoroutes suisses pourraient passer de 120 à 80 km/h en cas de grave pénurie de carburant, une mesure d’urgence encore à l’étude et non une restriction déjà décidée.

L’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) confirme avoir mené une consultation interne sur ce dispositif. Le Conseil fédéral n’a pris aucune décision et les conditions d’application restent à définir. L’objectif serait de réduire la consommation nationale si les difficultés d’approvisionnement s’aggravaient, et non de répondre directement aux prix à la pompe ou à un enjeu de sécurité routière.
Avec une limitation actuellement fixée à 120 km/h sur les autoroutes du pays, la baisse envisagée représenterait un changement important pour les automobilistes. Elle ne serait toutefois déclenchée qu’en situation de crise, sans modifier durablement les règles de circulation.
Un approvisionnement assuré, mais fragilisé

Plusieurs voies d’acheminement des produits pétroliers rencontrent des difficultés. Dans le sud de la France, les fortes pluies ont perturbé les livraisons de diesel par pipeline. Le faible niveau du Rhin complique le transport fluvial. À cela s’ajoutent des perturbations ferroviaires et des tensions sur les routes internationales d’approvisionnement.
Le 23 octobre, la Confédération a autorisé la mise à disposition de 45 millions de litres de diesel, soit un peu moins de 4 % des stocks obligatoires disponibles. En septembre, l’arrêt temporaire de la raffinerie de Cressier, la seule du pays, avait déjà nécessité un recours aux réserves. L’approvisionnement reste assuré, mais les autorités le jugent fragile.
Pour Simone Gianini, président de l’Automobile Club de Suisse (ACS), les conditions d’une réduction de vitesse ne sont pas réunies aujourd’hui. Son organisation ne s’y opposerait toutefois pas en cas de pénurie grave, à condition que l’efficacité d’une restriction temporaire soit démontrée.
Des économies possibles, avec des limites

Interrogé par Nau.ch, Christian Bach, spécialiste des systèmes de propulsion à l’institut de recherche Empa, prend l’exemple d’une voiture diesel moderne consommant 6,2 l/100 km à 120 km/h stabilisés. À 80 km/h, elle ne réclamerait plus que 3,6 l/100 km, soit environ 42 % d’économie.
Cet écart s’explique principalement par la résistance de l’air. Ces chiffres ne peuvent cependant pas être généralisés à tout le parc : les gains seraient moindres en cas de ralentissements et d’accélérations fréquents. À distance égale, passer de 120 à 80 km/h allongerait aussi théoriquement le trajet de 50 %, hors embouteillages.
La question des véhicules électriques reste elle aussi ouverte. Les exempter éviterait de restreindre des voitures qui ne consomment pas de carburant pétrolier en roulant. Cela créerait toutefois un différentiel de vitesse avec les modèles thermiques, soulevant un enjeu de sécurité.





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