Alpine F1 a quitté la dernière place du championnat, mais Flavio Briatore ne comprend pas que l’écurie ne se batte toujours pas pour la victoire.
Alpine F1 progresse sans menacer les leaders
Les chiffres confirment le redressement. Dixième en 2025 avec seulement 22 points, l’équipe d’Enstone occupe désormais le sixième rang avec 61 points. Elle devance nettement Haas et le nouvel arrivant Audi, tandis que Racing Bulls reste un adversaire direct.
Cette trajectoire correspond à la promesse faite par Flavio Briatore à Renault. L’Italien s’était engagé à replacer l’écurie parmi les six premiers, avec la possibilité de viser le top 5 si la progression se poursuivait. Sa prime personnelle dépend d’ailleurs de cette sixième place, un objectif qu’il évoque avec humour.
Mais ce classement ne suffit pas à satisfaire le dirigeant. Briatore refuse de cantonner Alpine à une lutte dans le milieu du peloton. Il cite directement Mclaren et Ferrari parmi les références à battre, alors que l’écurie française ne joue pas encore les victoires.
Ce décalage nourrit son impatience. La remontée de la dixième à la sixième position représente un premier résultat tangible, sans avoir produit le bond sportif espéré. Alpine a stabilisé sa situation, mais n’a pas encore transformé cette base en menace pour les équipes de pointe.
Mercedes et l’usine ne peuvent pas tout résoudre
Le changement de motorisation occupe une place centrale dans le plan de reconstruction. La décision controversée d’abandonner le moteur Renault au profit de Mercedes a porté ses fruits, sans toutefois propulser Alpine au niveau attendu. Briatore qualifie l’accord conclu avec le constructeur allemand de « super accord » et estime avoir choisi le bon partenaire.
Dans le même temps, Renault injecte d’importantes sommes dans l’usine d’Enstone. Ces dépenses en capital, ou CapEx, désignent les investissements durables consacrés aux installations et aux équipements. Pour Briatore, l’équipe dispose donc à la fois d’un partenaire moteur solide et des moyens nécessaires pour moderniser son outil de travail.
L’Italien refuse pourtant de faire de l’usine une explication universelle. Il cite Aston Martin, qui disposerait selon lui des meilleures installations et du meilleur ingénieur, sans obtenir automatiquement une compétitivité suffisante. Les bâtiments et les machines ne produisent pas seuls les performances attendues en piste.
Son raisonnement situe donc le problème du côté de l’organisation. Alpine posséderait les éléments indispensables, mais ne parviendrait pas encore à les faire fonctionner ensemble. L’enjeu n’est plus seulement financier ou matériel : il porte aussi sur la coordination et l’exploitation des compétences disponibles.
Briatore réclame davantage de créativité et de risques
Le dirigeant réclame maintenant une approche plus audacieuse. « Nous avons tout pour gagner », affirme-t-il, avant d’insister sur la nécessité de « mettre les pièces ensemble ». Pour y parvenir, il demande davantage de créativité et une prise de risque supérieure à celle observée actuellement.
Briatore pousse son constat beaucoup plus loin : « Je ne sais pas pourquoi nous ne gagnons pas. Je ne sais pas pourquoi nous ne battons pas McLaren. Je ne sais pas pourquoi nous ne battons pas Ferrari. » À ses yeux, la difficulté tient moins au manque de ressources qu’à la capacité de l’équipe à croire en son projet et à se mesurer aux meilleures structures.
Cette exigence s’appuie sur son passé. Avec Benetton et Renault, l’Italien a supervisé la conquête de quatre titres pilotes et trois titres constructeurs. Il estime donc qu’Enstone peut retrouver une culture de la victoire, à condition de mobiliser toute l’organisation autour de cet objectif.
Rappelé par Luca de Meo en mai 2024, après sa longue mise à l’écart consécutive au Crashgate, Briatore a été nommé conseiller exécutif. Employé par Renault plutôt que par Alpine, il n’a pas obtenu la licence FIA nécessaire pour devenir officiellement directeur d’écurie. Il reste néanmoins le patron de fait, après avoir réduit les effectifs et fortement resserré les dépenses.
La stabilité doit maintenant produire des résultats
Jusque-là, les nombreux changements traversés par Enstone empêchaient d’évaluer clairement le personnel technique. Briatore estime que la situation a évolué depuis que l’équipe a conçu sa première monoplace avec une structure stabilisée. La direction disposerait désormais d’une vision plus précise des forces et des faiblesses internes.
Le directeur technique doit maintenant déterminer qui apporte les meilleures contributions et où se situent les insuffisances. Briatore pense même que certaines compétences d’ingénierie restent encore « sur le banc », donc insuffisamment utilisées. Cette phase d’évaluation devient déterminante pour convertir les investissements en performance.
La perception de l’écurie aurait également changé dans le paddock. Alpine avait perdu deux pilotes de premier plan et vu des membres de son personnel saisir des occasions chez Cadillac ou Aston Martin. Briatore assure désormais recevoir des appels de personnes souhaitant rejoindre ou aider l’équipe, signe qu’Enstone ne serait plus considéré comme le projet à éviter.
Malgré ces sollicitations, le dirigeant ne prévoit pas de recruter immédiatement. Il veut d’abord mesurer le potentiel de l’organisation actuelle. Alpine a franchi un palier au classement, mais la victoire exigera davantage qu’un nouveau moteur et une usine modernisée : l’équipe doit prendre des décisions plus audacieuses et convertir sa stabilité en résultats de premier plan.
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