Le maintien de Ducati en WorldSBK dépendra de sa capacité à faire la différence avec une meilleure moto, malgré les règles destinées à équilibrer le plateau.
Ducati en WorldSBK, le titre de Bulega et l’après
À Crémone, Nicolò Bulega a décroché le titre mondial Superbike 2026. Ducati avait déjà obtenu son 22e titre constructeurs à Donington Park, avec quatre manches d’avance. Ces célébrations ont aussi été l’occasion, pour son PDG Claudio Domenicali, de préciser ce qui justifie la présence de la marque en championnat.
À ses yeux, la compétition reste liée aux motos de série. Ducati doit pouvoir concevoir une machine routière suffisamment performante pour servir de base à une moto capable de gagner un championnat du monde. « Pour Ducati, gagner en SBK fait partie de notre héritage », dit-il. La piste récompense alors aussi le travail accompli en amont par le constructeur.
Son maintien en WorldSBK se joue aussi sur ce point. Un titre ne garantit pas que Borgo Panigale acceptera n’importe quelle évolution réglementaire. Domenicali ne demande pas que Ducati conserve sa supériorité par principe : il veut qu’un progrès technique puisse encore donner une chance de gagner.

F1 2027 : des pneus Pirelli plus dégradables à l’étude
Réguler les performances sans effacer le mérite
Le WorldSBK cherche à éviter qu’un constructeur ne transforme la compétition en démonstration. Ducati en a déjà fait l’expérience : ses motos ont subi des limitations destinées à maintenir l’équilibre du plateau. Le débat ne porte donc pas sur l’existence de ces correctifs, mais sur leur portée. Jusqu’où peuvent-ils réduire un avantage sans retirer son intérêt au travail de développement ?
Claudio Domenicali reconnaît la nécessité de faire cohabiter des architectures et des marques différentes. Il fixe toutefois une limite : « Il est essentiel que les meilleurs ingénieurs et les meilleurs pilotes l’emportent toujours, sinon ce ne seraient plus de vraies courses. » Si le règlement efface tout bénéfice d’une meilleure moto, l’effort de conception perd une partie de son sens en piste.
Alors que l’avenir des règles se discute, ce point prend de l’importance. Une augmentation de cylindrée figure parmi les pistes étudiées, sans décision prise à ce stade. Domenicali ajoute un autre impératif : préserver une hiérarchie cohérente entre les performances du WorldSBK et celles du MotoGP. Modifier l’équilibre du Superbike ne concerne donc pas seulement les écarts entre ses constructeurs.

De nouveaux constructeurs face au règlement
Le plateau pourrait aussi évoluer du côté des marques. Aprilia pourrait revenir un jour, tandis que des constructeurs chinois s’intéressent au WorldSBK. ZXMoto a confirmé travailler sur un projet Superbike pour 2028. Ces perspectives donnent une portée concrète au débat réglementaire : les règles devront permettre à de nouveaux venus de concourir sans ôter aux marques déjà présentes la possibilité de se distinguer.
Domenicali ne s’oppose pas à ces arrivées. « Plus il y a de constructeurs, mieux c’est », affirme-t-il. À ses yeux, cette ouverture ne doit toutefois pas supprimer l’avantage qu’une marque peut obtenir grâce à la qualité de sa moto. Le futur règlement devra concilier l’arrivée de concurrents et la valeur d’un progrès technique.
Sa condition est sans détour : « Ducati restera en lice tant que nous pourrons exploiter notre technologie, tant que nous penserons qu’avec une meilleure moto, nous pouvons viser la victoire. » Il ne réclame pas une victoire assurée. Le mot important est « viser » : une moto supérieure doit permettre de se battre pour gagner, sans rendre le résultat automatique.
La Panigale V4 R au cœur de la position de Ducati
Le constructeur a présenté une Panigale V4 R profondément remaniée pour 2026. Nouveau cadre avant, retour d’un bras oscillant double et solutions aérodynamiques inspirées du MotoGP illustrent le travail technique que Domenicali veut pouvoir valoriser en WorldSBK. Dans cette approche, la moto de série occupe une place centrale : ses qualités doivent encore compter une fois la compétition engagée.
Si une règle compense trop fortement les gains obtenus sur la machine, le lien entre son amélioration et les chances de victoire s’affaiblit. Mais le championnat cherche aussi à empêcher qu’une supériorité technique durable ferme le jeu. Il s’agit de fixer la mesure de l’équilibrage sans neutraliser toutes les différences.
Le sacre de Bulega et le titre constructeurs donnent du poids à cette prise de position. Le constructeur le plus titré de l’histoire du WorldSBK veut rester, à condition de pouvoir tirer un avantage sportif de ses choix techniques. Pour la FIM et les organisateurs, la discussion sur le règlement dépasse ainsi les seules caractéristiques des motos : elle touche à ce que Ducati attend du championnat.






Commentaires 0
Modérés avant publication