La pénalité Antonelli de cinq secondes qui aurait offert la victoire de Madrid à Max Verstappen provenait d’un faux document, mais quatre sorties de piste ont entretenu une zone grise bien réelle.

Pourquoi la pénalité Antonelli est un faux
Le document diffusé sur les réseaux avait l’apparence d’une décision officielle. Logo de la FIA, mise en page crédible, Mercedes comme destinataire et Kimi Antonelli dans le viseur : tout semblait annoncer une pénalité de cinq secondes pour dépassements répétés des limites de piste. Le numéro attribué au document permettait pourtant d’écarter immédiatement cette sanction.
Le document FIA n°72 du Grand Prix d’Espagne ne concerne pas Antonelli. Dans la liste de la Fédération, le document 71 recense les tours supprimés pour non-respect des limites de piste, le 72 correspond au rapport de contrôle technique réalisé après la course et le 73 contient le classement final. Le même numéro ne pouvait donc pas servir à sanctionner la Mercedes n°12.
Le contenu du faux communiqué trahissait également son origine. La rubrique consacrée aux motifs de la décision reprenait des paroles de Burn Down The Disco, une chanson de James Marriott, avec des références à une piste de danse et à une discothèque. Très éloigné du vocabulaire réglementaire des commissaires, ce passage confirmait le montage.
Quatre sorties de piste visibles pour Antonelli
La falsification du document n’efface pas les images de la course. Dans les premiers tours, Antonelli tente de dépasser Lando Norris et quitte deux fois la piste. Lors de sa première attaque, l’Italien court-circuite la première chicane sans prendre l’avantage sur la Mclaren. Sa deuxième tentative se termine elle aussi hors des limites, avant que Verstappen ne profite de l’erreur pour lui ravir la deuxième place.
Deux autres passages figurent ensuite dans le document n°71, publié à 17 h 35. Antonelli est enregistré hors piste au virage 17 à 15 h 13 min 39, puis au virage 6 à 15 h 41 min 55. Dans les deux cas, ses temps au tour sont supprimés pour infraction à l’article B1.8.6 et à l’Appendice L du Code sportif.
Cette addition a rapidement alimenté la polémique. Aux deux coupures observées pendant les attaques du début de course s’ajoutent deux violations inscrites dans le relevé officiel, soit quatre sorties de piste au sens visuel. Ce total ne correspond toutefois pas nécessairement à quatre infractions comptabilisées par les commissaires.
Pourquoi les quatre excursions ne valent pas quatre strikes
La grille de sanctions de la FIA prévoit un drapeau noir et blanc à la troisième infraction, puis cinq secondes de pénalité à partir de la quatrième. Chaque violation supplémentaire entraîne ensuite cinq secondes additionnelles. Si les quatre excursions d’Antonelli avaient toutes été retenues comme des strikes, la Mercedes aurait donc été sanctionnée.
Les directives 2026 laissent cependant une marge d’appréciation aux commissaires. Une sortie de piste destinée à éviter un accident peut être écartée du compteur. Lors d’une tentative de dépassement, elle peut aussi ne pas être retenue si le pilote n’en tire aucun avantage.
Cette distinction correspond aux deux épisodes du début de course. Antonelli ne dépasse pas Norris après sa première coupure. Lors de la seconde, il perd même une position au profit de Verstappen. Aucune décision séparée n’a précisé le traitement de ces deux passages, mais le règlement permet de les distinguer des infractions relevées plus tard.
Le registre officiel reste déterminant puisqu’il n’attribue que deux violations à Antonelli. Mercedes avait néanmoins averti son pilote pendant la course que de nouvelles sorties pouvaient entraîner une sanction. Le risque existait donc bien, sans que son compteur atteigne le seuil avancé sur les réseaux.
Cinq secondes auraient offert Madrid à Verstappen
L’écart à l’arrivée explique l’ampleur prise par ce faux communiqué. Antonelli gagne en 1 h 34 min 23 s 754, avec Verstappen à 4,351 secondes et Norris à 5,089 secondes. Une pénalité de cinq secondes aurait placé le Néerlandais devant la Mercedes pour seulement 649 millièmes.
Antonelli aurait malgré tout conservé la deuxième place devant Norris, avec 89 millièmes d’avance. Le classement Antonelli, Verstappen, Norris serait alors devenu Verstappen, Antonelli, Norris. Cette projection est mathématiquement correcte, mais elle repose sur une sanction qui n’a jamais existé.
Publié à 20 h 10, le document n°73 confirme définitivement la victoire d’Antonelli devant Verstappen et Norris. Aucune pénalité ne figure à côté de la Mercedes n°12. La seule sanction de cinq secondes mentionnée dans les notes du classement concerne Pierre Gasly, pénalisé pour excès de vitesse dans la voie des stands.
La controverse mêle donc deux réalités distinctes. Antonelli a visuellement quitté la piste quatre fois, mais seules deux de ces excursions ont été enregistrées comme infractions dans le relevé de la FIA. La pénalité susceptible de renverser le résultat de Madrid était fabriquée, tandis que la marge laissée aux commissaires explique pourquoi les quatre passages hors piste n’ont pas alimenté le même compteur.
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