Le pilotage de Pedro Acosta place Ktm face à un paradoxe : l’Espagnol compense une faiblesse de la RC16 que les ingénieurs ont identifiée sans parvenir à comprendre précisément sa méthode.
KTM a identifié pourquoi la RC16 tourne mal
Pedro Acosta a encore nettement devancé les autres pilotes KTM à Misano. L’Espagnol a décroché la troisième place, tandis qu’Enea Bastianini a terminé huitième, à 18,5 secondes. Brad Binder a pris la onzième position, avec plus de 20 secondes de retard.
Le même écart se retrouve au championnat. Acosta occupe la cinquième place, alors que Bastianini, deuxième meilleur représentant de la marque, n’est que douzième. Les deux hommes sont séparés par 117 points. Au-delà des résultats, les explications de Pit Beirer mettent en lumière l’une des raisons techniques de cette domination interne.
KTM sait que l’architecture actuelle de son moteur pénalise la capacité de la RC16 à tourner. La position du vilebrequin et celle du pignon de sortie de boîte imposent des contraintes géométriques difficiles à corriger sur la machine actuelle. « Cela nous gêne pour tourner. Il faudrait que ce soit ailleurs pour que la moto tourne un peu mieux », explique le patron de KTM.
Le développement de la 850 cc de 2027 offre au constructeur l’occasion de revoir ces choix fondamentaux. KTM prévoit donc de déplacer le vilebrequin et le pignon de sortie afin d’améliorer le comportement de sa prochaine moto en virage. Il ne s’agit pas d’un simple détail de réglage, mais d’une limite inscrite dans la conception de la RC16.
Le pilotage de Pedro Acosta échappe encore aux ingénieurs
Le cas d’Acosta complique toutefois ce diagnostic. Malgré cette contrainte, le pilote espagnol parvient déjà à faire tourner la KTM. Les données recueillies par l’écurie confirment le résultat, sans permettre aux ingénieurs d’en expliquer complètement le mécanisme.
Dans le podcast Paddock Pass, David Emmett résume ainsi l’échange avec Pit Beirer : « Pedro y arrive, et ils analysent ses données. Ils constatent qu’il y parvient, mais ils ne comprennent pas comment il s’y prend. »
Cette déclaration va bien au-delà de la recherche de quelques centièmes. KTM juge le problème assez important pour modifier l’architecture de sa future machine, mais son meilleur pilote réussit déjà à en neutraliser une partie par son pilotage. Les ingénieurs observent le comportement de la moto et la trajectoire obtenue, sans parvenir à isoler précisément la manière dont Acosta contourne cette contrainte.
Cette aptitude souligne autant le niveau du pilote que la difficulté à mesurer le potentiel réel de la RC16. Une performance isolée pourrait tenir à un réglage ou à des circonstances favorables. La répétition des écarts avec les autres KTM indique cependant qu’Acosta exploite la moto d’une manière que ses équipiers ne reproduisent pas.

Acosta risque aussi de masquer les faiblesses de KTM
Le podium de Misano a été facilité par la chute de Marco Bezzecchi et les difficultés physiques de Jorge Martin. Encore fallait-il qu’Acosta soit en position d’en profiter. « Il est toujours là, et il est le seul à piloter une KTM », estime Emmett pour résumer sa capacité à rester au contact des pilotes de tête.
Cette supériorité interne peut induire le constructeur en erreur. Lorsqu’un pilote domine systématiquement ses équipiers, ses résultats risquent d’être interprétés comme une mesure du niveau global de la moto. Dans le cas d’Acosta, ils traduisent aussi sa faculté à contourner un défaut que KTM reconnaît elle-même.
La tendance ne date pas de Misano. En 2025, l’Espagnol avait terminé quatrième du championnat avec plus de 150 points d’avance sur Brad Binder. En 2026, il reste nettement devant Bastianini et Binder. Cet écart persistant complique la distinction entre ce que permet réellement la RC16 et ce qu’Acosta lui impose grâce à son pilotage.
Plus le pilote compense les limites de la machine, moins celles-ci apparaissent clairement dans le résultat final. Un podium peut ainsi donner l’image d’une moto compétitive, alors que les autres représentants de la marque restent beaucoup plus loin. Pour le développement, cette différence réduit également le nombre de références comparables disponibles.
Un compliment qui devient un problème de développement
Acosta a lui-même qualifié de « triste » l’ampleur de son avantage sur les autres pilotes KTM. Sa réaction révèle l’envers de cette domination : être le plus rapide de la marque ne suffit pas si personne ne peut pousser la RC16 assez loin pour confirmer ses sensations et ses diagnostics.
L’Espagnol attend donc davantage de Binder et Bastianini. Des performances plus proches offriraient à KTM plusieurs points de comparaison pour comprendre les réactions de la moto et accélérer son développement. Pour l’instant, Acosta reste une référence difficile à reproduire plutôt qu’une base directement exploitable par tous les pilotes.
KTM se retrouve ainsi dans une situation inhabituelle. La marque connaît la faiblesse géométrique de sa RC16 et prépare une nouvelle architecture pour la corriger en 2027. Dans le même temps, son pilote de pointe surmonte déjà cette limite sans que les ingénieurs puissent encore expliquer entièrement comment. Son talent améliore les résultats immédiats, mais rend aussi plus délicate l’évaluation du travail restant sur la moto.

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