Dans Cours après moi shérif, la Pontiac Trans Am de Burt Reynolds a dépassé son statut d’accessoire de cinéma, au point de valoir à l’acteur une voiture neuve chaque année pendant cinq ans.

Un film au budget réduit devenu phénomène
Une Pontiac noire et dorée file sur les routes de Géorgie, talonnée par une armée de voitures de police. Devant elle, un camion transporte de la bière de contrebande. La scène réunit d’emblée les ingrédients de Smokey and the Bandit, sorti en France sous le titre Cours après moi shérif.
À l’origine du projet, Hal Needham, cascadeur hollywoodien passé derrière la caméra. Son scénario écrit à la main peine à convaincre les studios. Une seule société accepte finalement de produire le film, puis réduit son budget au dernier moment. L’enveloppe tombe ainsi à 4,3 millions de dollars, une somme modeste au regard de ce que la comédie allait rapporter.

Burt Reynolds aurait lui-même trouvé le premier jet particulièrement mauvais. Le public fait pourtant mentir les sceptiques : le film engrange plus de 126 millions de dollars aux États-Unis, soit un écart considérable avec son budget de production.
En 1977, Smokey and the Bandit termine à la deuxième place du box-office américain, derrière Star Wars. Burt Reynolds, Sally Field et Jackie Gleason portent le récit, tandis que les poursuites automobiles lui donnent une identité immédiatement reconnaissable. Au milieu de ce spectacle mécanique, une voiture s’impose presque au même niveau que les acteurs.
Quatre Trans Am et aucune campagne publicitaire
Au lancement de la production, Hal Needham cherche une automobile dotée d’une forte personnalité pour accompagner Bo « Bandit » Darville. Il aurait remarqué le nouveau coupé Pontiac dans une publicité. Le constructeur accepte alors de fournir quatre Trans Am au tournage, sans pouvoir anticiper l’ampleur du phénomène à venir.
L’opération ne relève pas d’une vaste campagne préparée en amont. Hormis la mise à disposition des voitures, Pontiac n’aurait consacré aucun dollar à la promotion du film. Le constructeur profite pourtant d’une exposition qu’un achat publicitaire classique aurait difficilement pu reproduire. Le modèle ne se contente pas d’une brève apparition à l’écran : il participe directement à l’action et à l’identité du héros.
La Firebird Trans Am devient ainsi le double mécanique de Bandit. Sa silhouette basse, sa livrée noire et dorée et son immense aigle de capot restent associés aux poursuites comme au personnage de Burt Reynolds. Cette place centrale explique pourquoi l’effet du film dépasse rapidement le simple placement automobile.
La Trans Am noire et or devient une icône
Quelques années plus tard, Hal Needham explique que les ventes de Trans Am avaient bondi dès la sortie du film. Cet impact commercial se serait traduit par 25 000 Trans Am supplémentaires vendues par Pontiac en 1978. Pour une marque qui avait seulement fourni quelques voitures, le retour dépasse largement le cadre du partenariat initial.
La Pontiac rejoint alors le cercle des automobiles devenues des personnages de cinéma. La Mustang de Bullitt, l’Aston Martin de James Bond, la Delorean de Retour vers le futur ou Eleanor dans 60 secondes chrono doivent une partie de leur aura à cette fusion entre une silhouette et un récit. Cours après moi shérif produit le même effet avec la Firebird.

La voiture du film n’est pas une Trans Am ordinaire. Il s’agit d’une Firebird Trans Am Special Edition, reconnaissable à sa carrosserie noire, à ses éléments décoratifs dorés et au grand aigle stylisé déployé sur le capot. Pontiac avait déjà introduit cette présentation avant le film, mais son passage à l’écran lui donne une tout autre dimension.
Cette combinaison visuelle distingue la voiture des muscle cars américaines les plus brutes de la décennie. La Trans Am conserve une allure spectaculaire et une motorisation généreuse, tout en affichant une présentation plus sophistiquée. Le contraste fonctionne particulièrement bien à l’image, où chaque poursuite souligne ses couleurs et ses proportions.
La voiture utilisée dans le film de 1977 reçoit notamment un V8 Pontiac de 6,6 litres. Elle apparaît pourtant à une période difficile pour les moteurs américains. Les chocs pétroliers, le durcissement des normes antipollution et la baisse de puissance touchent alors de nombreux modèles. La Trans Am noire et or devient l’un des derniers grands symboles visuels de l’ère des muscle cars, précisément parce que son apparence semble résister à ces contraintes.
La Pontiac Trans Am de Burt Reynolds comme cadeau annuel
Alex Mair, alors président de Pontiac, mesure rapidement la valeur de cette exposition. Pour remercier Burt Reynolds, il lui promet une Trans Am neuve chaque année, à vie. L’engagement reste informel et ne figure dans aucun contrat, mais la marque l’honore pendant plusieurs années.
Burt Reynolds racontera plus tard à Car and Driver que les livraisons avaient duré cinq ans. L’acteur ne cherche pas à se constituer une collection personnelle et distribue la plupart des voitures à ses proches. La première aurait été offerte à sa sœur et la deuxième à son demi-frère. Quant à la troisième, il disait ne plus savoir ce qu’elle était devenue.

Reynolds conserve en revanche la quatrième Trans Am. Plusieurs décennies plus tard, cette voiture directement liée à l’acteur est vendue aux enchères pour 450 000 dollars. Son prix illustre la valeur acquise par les exemplaires associés au film et à sa vedette.
Le cadeau annuel repose entièrement sur la volonté d’Alex Mair. Aucun contrat n’en encadre la durée, si bien que la promesse d’une voiture à vie dépend de la continuité de la direction. L’arrangement fonctionne ainsi durant cinq ans, jusqu’à l’arrivée d’un nouveau responsable chez Pontiac.
Un changement de patron met fin aux livraisons
À partir de la sixième année, aucune nouvelle Trans Am n’arrive chez Burt Reynolds. L’acteur pense d’abord à une erreur administrative ou à un simple retard de livraison. Habitué à recevoir sa voiture, il téléphone directement à Pontiac pour comprendre l’origine de cette interruption.
La réponse de son interlocuteur aurait été particulièrement sèche : « C’était le précédent président. Il aimait vos films. Je suis le nouveau et je n’aime pas vos films. » Quelques mots suffisent à mettre fin à une tradition née du succès inattendu de Cours après moi shérif.
Alex Mair avait pris sa retraite et Robert C. Stempel lui avait succédé à la tête de Pontiac. La nouvelle direction ne prolonge pas le cadeau imaginé par son prédécesseur. La promesse à vie n’ayant jamais été formalisée, les livraisons prennent fin au bout de cinq ans.
Cette rupture souligne le caractère inhabituel de l’arrangement. Pontiac avait bénéficié d’une publicité exceptionnelle grâce au film, puis son président avait choisi de remercier personnellement l’acteur. Le dispositif reposait toutefois davantage sur la relation entre un dirigeant et une vedette que sur un partenariat durable entre un constructeur et une production.
Une association plus durable que le cadeau
Burt Reynolds est mort en 2018. Pontiac avait déjà disparu en 2010, dans le cadre de la restructuration de General Motors après la crise financière mondiale. Ni l’acteur ni la marque ne sont encore présents, mais leur association demeure ancrée dans la culture automobile américaine.
Les voitures liées au tournage, les répliques fidèles et les versions Special Edition continuent d’attirer les collectionneurs. Certains exemplaires atteignent plusieurs centaines de milliers de dollars. La livrée noire et dorée conserve une force d’évocation immédiate, même des décennies après la sortie du film.
Le cadeau décidé par Alex Mair n’aura finalement duré que cinq ans. L’image de Burt Reynolds au volant de la Trans Am, elle, a survécu au changement de direction, à la disparition de Pontiac et à la fin de l’époque qui l’avait vue naître.
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