La valorisation des écuries de F1 pourrait atteindre 10 milliards de dollars pour certaines équipes d’ici 2029 ou 2030, estime Flavio Briatore.
La valorisation des écuries de F1 change d’échelle
Flavio Briatore s’appuie sur sa propre expérience chez Benetton. Lorsqu’il a vendu sa participation dans l’écurie, celle-ci valait 80 millions de dollars, affirme-t-il. Aujourd’hui, les montants avancés se situeraient plutôt entre 3,5 et 4 milliards de dollars. Sans rattacher cette valeur à une équipe précise, l’Italien décrit un changement radical d’échelle financière.
Ses échanges avec des spécialistes de la finance l’amènent à envisager une nouvelle accélération. Si la trajectoire actuelle de la Formule 1 se prolonge, certaines écuries pourraient atteindre 10 milliards de dollars dans trois ou quatre ans. Cette projection ne découle pas d’une transaction déjà conclue, mais de l’évolution anticipée des valorisations.
Le parcours de Briatore donne du relief à son analyse. En 1979, Luciano Benetton lui avait confié le développement de la marque italienne aux États-Unis. Dix ans plus tard, la famille l’avait placé à la tête de son écurie de F1, précédemment rachetée à Toleman, malgré son absence d’expérience dans la discipline. Devenu une figure majeure du paddock, entre succès et controverses, il est revenu à Enstone pour diriger Alpine à la demande de Luca de Meo, alors directeur général de Renault.
Alpine passe de 900 millions à 3 milliards
Le cas le plus concret concerne les 24 % d’Alpine détenus par Otro Capital. Cette participation avait été achetée en juin 2023 pour 200 millions d’euros, une opération qui valorisait alors l’ensemble de l’écurie à 900 millions de dollars. Ce niveau était déjà jugé très élevé à l’époque.
Otro Capital cherche désormais à céder ses parts pour 720 millions de dollars. En extrapolant ce prix à la totalité du capital, la valorisation d’Alpine atteindrait 3 milliards de dollars. Christian Horner et Mercedes ont manifesté leur intérêt, mais le constructeur allemand s’est retiré, estimant le montant demandé trop important.
Briatore rejette pourtant l’idée d’un prix excessif. Il affirme qu’une offre existe pour la participation d’Otro et qu’elle repose sur une valorisation d’Alpine de 3,2 milliards de dollars. Il mentionne aussi une estimation de travail proche de 3,5 milliards de dollars. Ces chiffres renvoient à une demande, à une offre revendiquée et à une estimation interne, et non à trois ventes finalisées.
Pour étayer son raisonnement, le dirigeant compare la valeur de l’écurie à celle de Renault Group dans son ensemble. D’après son calcul, Alpine représenterait entre 40 et 50 % de la valorisation du groupe automobile. Cette proportion illustre le poids financier désormais accordé à une équipe de F1 au sein de son constructeur.
La vente d’Otro dépend aussi de Renault
François Provost, directeur général de Renault Group, estime que le partenariat avec Otro Capital n’a apporté aucun bénéfice réel à l’écurie. Il a également indiqué qu’une éventuelle vente devait obtenir l’accord du constructeur français. Renault ne disposerait toutefois d’un droit de veto sur la participation d’Otro que jusqu’en septembre 2026.
Briatore ne prévoit pas de bouleversement immédiat à cette échéance. Selon lui, il serait difficile de convaincre un investisseur d’engager une somme proche du prix demandé pour une participation minoritaire sans accord préalable avec l’actionnaire majoritaire. Le montant ne constitue donc qu’une partie de l’équation, au même titre que les relations avec Renault.
Pour Alpine, l’identité du détenteur de ces 24 % ne modifierait pas directement la gestion de l’équipe. Briatore attend néanmoins d’un partenaire qu’il apporte des fonds, mais aussi un soutien tangible, notamment sur le plan technologique. Otro pourrait ainsi être remplacé sans changement majeur pour l’écurie, à condition que le nouvel associé s’entende avec Renault.
Les 10 milliards restent un scénario à long terme
Interrogé sur un possible sommet des valorisations, Briatore a répondu qu’il aurait déjà vendu l’équipe si elle lui appartenait. Cette position ne contredit pas nécessairement sa prévision à 10 milliards de dollars. Les deux propos ne portent ni sur le même horizon ni tout à fait sur le même objet : le premier concerne Alpine aujourd’hui, le second certaines écuries de F1 à l’horizon 2029-2030.
Passer d’une fourchette de 3,5 à 4 milliards de dollars à 10 milliards représenterait bien plus qu’un doublement en trois ou quatre ans. Briatore conditionne cette hausse à la poursuite de la trajectoire actuelle du championnat, sans préciser les facteurs financiers susceptibles de soutenir une telle progression.
Le cas Alpine met surtout en évidence la différence entre un prix payé et une valorisation avancée. La transaction de 2023 a bien eu lieu. En revanche, les 3 milliards réclamés par Otro et les 3,2 milliards évoqués par Briatore doivent encore se concrétiser par une cession. La première étape consistera donc à vendre une participation minoritaire à ce niveau tout en obtenant l’adhésion de Renault. Le seuil des 10 milliards reste, lui, un scénario projeté pour la fin de la décennie.
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