Le contrat Bagnaia Aprilia jusqu’en 2030 apparaît déjà comme un pari majeur, alors que le pilote Ducati vient de terminer très loin de ses rivaux à Misano.
Une 19e place inquiétante à Misano
Francesco Bagnaia a terminé les essais du vendredi 11 septembre 2026 à la 19e place, devant les Yamaha Pramac de Jack Miller et Toprak Razgatlioglu. Son classement ne suffit toutefois pas à mesurer l’ampleur de ses difficultés. L’Italien est surtout le dernier représentant de ducati, très loin des autres GP26.
Marco Bezzecchi a signé le meilleur temps en 1’30”144 avec l’Aprilia. Derrière lui, Marc Marquez, Alex Marquez et Fabio Di Giannantonio ont placé trois Ducati aux deuxième, troisième et quatrième rangs. Pour Bagnaia, la comparaison est donc particulièrement sévère.
Neil Hodgson a résumé la situation en insistant sur l’écart avec la machine suivante du constructeur italien : « Bagnaia est 19e. Que va-t-il dire en rentrant aux stands ? La Ducati suivante, la plus lente, est 0,8 seconde plus rapide. »
Cette contre-performance à Misano prolonge une période difficile pour Pecco, qui ne retrouve plus les sensations lui ayant permis de s’imposer durablement comme la référence de Ducati. Son résultat contraste aussi fortement avec celui de Bezzecchi, son futur voisin de garage et le pilote le plus rapide de la séance sur l’Aprilia.
Pourquoi le contrat Bagnaia Aprilia fait déjà réagir
Bagnaia rejoindra Aprilia en 2027 pour remplacer Jorge Martin et partagera le garage avec Marco Bezzecchi. Mais c’est surtout la durée de son engagement qui attire l’attention : le double champion du monde est lié à Noale jusqu’en 2030, soit quatre saisons.
Cette durée donne une autre dimension à ses performances actuelles. Sur TNT Sports 2, Neil Hodgson, ancien champion du monde Superbike, a directement interrogé ce choix : « Franchement, si j’étais Aprilia, je ne pense pas que je le voudrais sous contrat pour quatre ans en ce moment. »
Cette déclaration reste l’analyse extérieure d’un consultant. Elle ne traduit pas un regret exprimé par Aprilia et ne révèle aucun doute interne à Noale. Elle met cependant en lumière le principal enjeu de ce recrutement : déterminer si les difficultés de Bagnaia sont passagères ou si elles annoncent un déclin plus durable.

Aprilia mise sur le champion, pas sur sa forme actuelle
Aprilia n’a pas choisi Bagnaia en fonction de sa 19e place à Misano. Le constructeur a recruté un double champion du monde, vainqueur de Grands Prix et longtemps considéré comme la référence chez Ducati. Noale parie sur une crise actuelle liée à une combinaison défavorable entre son style de pilotage, ses sensations et les caractéristiques des dernières Desmosedici.
Le manque de confiance dans le train avant occupe une place centrale dans les difficultés décrites par Bagnaia. Privé des sensations nécessaires à l’entrée et au passage en courbe, le pilote italien ne parvient plus à exploiter sa Ducati comme les autres pilotes de la marque. L’écart constaté à Misano renforce cette impression, sans préjuger de son adaptation à une autre moto.
La performance de Bezzecchi envoie parallèlement un signal encourageant pour le projet de Noale. En dominant les essais devant trois Ducati, il montre que l’Aprilia dispose désormais du niveau nécessaire pour jouer les premières places. Bagnaia arrivera donc dans une équipe capable de lui fournir une machine compétitive, au moins au regard de la hiérarchie observée à Misano.
La révolution technique de 2027 peut tout changer
Sylvain Guintoli souligne que la nouvelle réglementation modifiera profondément les repères actuels. En 2027, les MotoGP adopteront des moteurs de 850 cm³ et l’aérodynamique sera réduite. Les dispositifs de correction d’assiette disparaîtront également, tandis que Pirelli remplacera Michelin comme fournisseur de pneumatiques.
Ces transformations touchent précisément plusieurs domaines susceptibles d’influencer les sensations du train avant. « Tous les problèmes de sensations à l’avant dont il parle seront différents », estime Guintoli. Lorsqu’il découvrira l’Aprilia en 2027, Bagnaia évoluera donc dans un environnement technique distinct de celui qui accompagne ses difficultés actuelles chez Ducati.
Le pari comporte deux scénarios opposés. Si les problèmes du pilote sont devenus structurels, un engagement de quatre saisons pèsera lourd dans le projet sportif d’Aprilia. Le constructeur aurait alors sécurisé sur une longue période un pilote incapable de retrouver le niveau affiché lors de ses titres mondiaux.
À l’inverse, la refonte réglementaire peut effacer une partie des caractéristiques qui le mettent aujourd’hui en difficulté. Aprilia aurait alors engagé un double champion du monde au moment où sa valeur sportive était contestée, avant de profiter de son retour au premier plan dans un nouveau cadre technique.
Aucun regret n’a été exprimé par Noale. Pour l’heure, la 19e place de Bagnaia et le meilleur temps de Bezzecchi rendent simplement le contraste saisissant. Aprilia domine à Misano avec son pilote actuel, tout en ayant engagé jusqu’en 2030 un futur pilote plongé dans la période la plus délicate de sa carrière en MotoGP.

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