Sept moteurs Ktm en MotoGP ont été détruits en 2026 par un défaut de fabrication invisible, contraignant la marque à ressortir d’anciens blocs et à solliciter ses concurrents.
Pourquoi les moteurs KTM en MotoGP sont devenus fragiles
KTM a traversé cette crise technique alors que l’entreprise sortait à peine de graves difficultés financières. Pit Beirer, responsable de KTM Motorsport, qualifie cet épisode de « période la plus horrible » vécue par le projet MotoGP. Devant l’enchaînement des casses et le risque qu’elles faisaient peser, il admet que la situation a failli être fatale à la marque.
La crise s’est aggravée au Mugello. KTM a perdu un premier moteur le matin, puis deux autres au cours de la même journée. Ces trois blocs détruits ont rendu impossible l’hypothèse d’une défaillance isolée.
La situation semblait d’autant plus incompréhensible que le développement du moteur était gelé. Le bloc devait rester conforme à la spécification précédemment homologuée, sans évolution susceptible d’expliquer cette fragilité soudaine. « Nous avons complètement perdu le contrôle et nous ne pouvions pas réagir », résume Beirer.
Faute de pouvoir revenir librement à une autre spécification, KTM a retenu une solution inhabituelle : remettre en service d’anciens blocs déjà kilométrés. Leur usure était connue, mais ils présentaient un avantage décisif. La marque savait qu’ils ne provenaient pas du lot de pièces potentiellement défectueuses.
Un défaut de fabrication caché dans la transmission
L’enquête a finalement écarté l’hypothèse d’une erreur de conception ou d’une évolution technique ratée. La cause se trouvait dans un composant de transmission fortement sollicité, fabriqué par un fournisseur extérieur. KTM n’a révélé ni l’identité précise de cette pièce ni celle du sous-traitant concerné.
Les contrôles ont révélé la présence d’air à un endroit où le composant aurait dû présenter une liaison et une soudure. Invisible sans examen approfondi, cette anomalie de fabrication pouvait entraîner une rupture brutale après seulement 50 à 100 kilomètres de fonctionnement.
Une distance aussi faible avant la panne compliquait davantage la gestion du parc de moteurs. Deux blocs théoriquement identiques pouvaient se comporter très différemment selon l’origine de la pièce installée. Sur la période concernée, KTM a comptabilisé sept moteurs cassés.

KTM a dû convaincre ses adversaires
Identifier le défaut ne permettait pas à KTM d’intervenir immédiatement. Les moteurs de MotoGP étant scellés et leur développement gelé, la marque ne pouvait pas les ouvrir librement pour remplacer les composants concernés. Elle devait obtenir une autorisation exceptionnelle des autres constructeurs.
KTM a donc constitué un dossier détaillé avec l’identité du fournisseur, les lots concernés, les numéros de série et des radiographies montrant le défaut. Les concurrents ont d’abord accueilli cette demande avec méfiance. Beirer juge leur réaction normale, puisque l’ouverture d’un moteur homologué pourrait servir à dissimuler une évolution destinée à améliorer les performances.
La marque devait démontrer qu’il s’agissait uniquement d’un problème de contrôle qualité présentant également un enjeu de sécurité. L’accord des autres constructeurs a finalement été obtenu entre le Sachsenring et Silverstone, sous la surveillance de l’IRTA. KTM pouvait alors intervenir sans que la réparation soit assimilée à un développement technique interdit.
La panne de Pedro Acosta avait une autre origine
Une seconde défaillance a brouillé le diagnostic durant la même période. À Barcelone, Pedro Acosta a brutalement perdu de la puissance avant d’être percuté. Cette panne ne provenait pas du lot de composants défectueux : son calculateur électronique s’était momentanément coupé, supprimant tout signal pendant un court instant.
Une fois la RC16 ramenée au paddock, le système fonctionnait de nouveau normalement. Magneti Marelli a dû participer aux investigations pour comprendre cette interruption. La coexistence de cette panne électronique et des ruptures mécaniques explique le temps nécessaire à KTM pour isoler les différents problèmes.
Les variations de performances de la RC16 prennent elles aussi un autre relief. KTM ne se contentait pas de brider ses moteurs par précaution : la marque utilisait certains blocs plus anciens et davantage kilométrés, car ils étaient considérés comme sûrs. Ce choix réduisait le risque de casse, mais compliquait le retour au niveau attendu.
Le défaut de fabrication est désormais corrigé. Les sept moteurs perdus ont toutefois réduit le stock disponible et peuvent contraindre KTM à prolonger l’utilisation de certains blocs. Après plusieurs mois à gérer des moteurs extérieurement identiques mais techniquement imprévisibles, Beirer vise désormais une situation qu’il qualifie simplement de « normale ».

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